Interview d’un défenseur acharné des musiques alternatives

Aujourd’hui, je tenais à donner la parole aux personnes à qui on  ne donne jamais un micro, ces passionnés qui mettent les artistes dans la lumière en s’effaçant. Les petits journalistes de fanzines autrefois, de blogs et de webzines aujourd’hui.

Ces vulgaires cacahouètes pour certains artistes ou attachés de presse, qui oublient trop vite que ces « cacahouètes »ont contribué à  présenter au public et  défendre des artistes toujours présents sur scène. Pour cela ces passionnés ont tout mon respect.
J’ai eu la chance d’avoir une réponse de Fab dit Zident rédacteur en chef du Webzine Apathie avec qui je travaille depuis plusieurs années. Il nous livre des propos sensés et partage son expérience sur son vécu dans les musiques actuelles et leurs évolutions.
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Qu’est ce qui te motives encore, après 18 ans d’expérience à défendre la scène alternative et interviewer des artistes?

 

La RENCONTRE avec les artistes pour de petits moments de conversation en « off » !! C’est super intéressant de partager un moment avec ces gens qui fabriquent la musique que tu écoutes. Et puis surtout, c’est ici qu’est le vrai talent!! Je voue un grand respect aux musiciens de la scène alternative car ce sont des gens qui travaillent avec le cœur. Tout comme moi, la passion de la musique les anime avant tout et nous sommes très loin de toute cupidité. Souvent, ces artistes gèrent tout eux mêmes: caler les dates, élaborer une stratégie de communication, dossier intermittence, dossiers subventions en plus de composer des albums et de travailler un beau show scénique. Alors, j’ai cette envie d’ouvrir une petite fenêtre sur le monde intérieur des musiciens qui consacrent 100 % de leur temps à ce métier de galérien !! Tout peut paraître accessible mais rien est abordable ! Un peu de compassion ne fera de mal à personne. Et puis leur public a envie de les voir autrement que sur scène derrière un micro ou une guitare. Alors je contribue à faire parler d’eux.

 

Quelle a été ta plus belle rencontre artistique et humaine?

 

Ah tiens, avec cette question je me rend compte qu’il est parfois délicat de bien répondre à certaines interrogations… Il y en a eu pas mal en fait !! Bon, puisque tu as l’air de vouloir des noms, il y a un groupe qui ressort du lot: ce sont les nantais de La Phaze bien évidemment. Le feeling passe très bien: ces mecs sont humbles et possèdent un talent monstrueux. Du coup, nous avons tissé des liens qui perdurent et je reste connecté à leurs projets. mais il y en a d’autres…

 

Quelle interview t’as été la plus difficile à réaliser? 

 

C’était il y a genre dix ans, avec un groupe parisien qui n’existe plus depuis quelques années mais qui a dû sortir 3 ou 4 albums qui ont pas mal marché. Bon, inutile de chercher à savoir de quel groupe il s’agit… Pour cette interview, j’avais rendez-vous avec le chanteur dans leur loge avant le concert et comme tout groupe de rock en tournée, il y a « parfois » des produits illicites qui tournent… Alors bien sûr, lorsque tu déboules comme un cheveux sur la soupe dans la pièce, que tu es un peu jeune et que toutes les conversations se coupent nettes à ton arrivée et les regards se fixent sur toi, tu n’es pas forcément à l’aise… Mais bon, tu fais le boulot !! Tu sors ton dictaphone à cassette (ben oui, c’était il y a 10 ou 12 ans !!) et tu balances fébrilement la première question au beau milieu d’une bande de gars tatoués totalement DÉ-FON-CÉS à la coke !! Et là, commence un dialogue avec des propos futiles et carrément nébuleux. J’ai l’impression que les mecs ne comprennent pas les questions… Les interlocuteurs changent sans cesse. A chaque question, je passe du batteur au bassiste, puis du chanteur à l’ingé son… Tout le monde répond à une question puis quitte la pièce (pour se « re-poudrer » le nez…) et un autre prend le relais de l’interview. Bref tu vois le truc, les mecs ne sont absolument pas dedans et il me faut conclure l’affaire au plus vite. A la base, j’étais super honoré de pouvoir rencontrer ce groupe pour un petit entretien privilégié car j’écoutais leurs albums presque en boucle. Ils avaient des textes très censés, très humains et en parfaite cohérence avec mes opinions. Bordel, quelle déception !! Quelle interview foireuse ! Avec du recul et quelques anecdotes de collègues plus expérimentés sur le sujet, ce phénomène fait parti du folklore. Depuis, j’ai beaucoup plus de recul avec les artistes car ce n’est pas parce que j’aime ce qu’ils font que je vais forcément aimer ce qu’ils sont.

 

Comment gères tu le stress d’une interview ( on ne sait comment cela va se passer)?

 

Bah, le mieux pour cela, c’est de connaitre quelques rouages bien utiles et d’être bien renseigné sur l’actualité de l’artiste. Tout se fait à la construction des questions qui vont composer l’interview. Pour ma part, je travaille sur deux types d’interviews: filmées (pour webzine) et radiophoniques (émission en direct). Les deux s’appréhendent presque de manière équivalente sauf que pour la version radio, l’artiste est moins « contraint » que devant l’objectif d’une caméra du coup une ambiance beaucoup plus collégiale se crée, tout le monde est plus décontracté et des grands moments de « n’importe quoi » peuvent venir agrémenter la discussion !!

 

Pour répondre à la deuxième partie de ta question: tout dépend de l’univers de l’artiste. Si celui-ci est dans un personnage très marqué et genre extravagant avec son public, sur scène, dans ses vidéos et ses textes, là il te faudra verrouiller la conversation afin de ne pas trop te faire déborder. Il faut absolument garder la main sur ton entretien sinon tu es foutu: le gars te voit déstabilisé et s’engouffre dans la brèche. Du coup, tu te déconcentres, tu bafouilles, tu cherches tes mots et tu passes pour un naze. D’où l’importance du travail en amont afin d’éviter le ridicule. Après, si tu dois faire l’interview d’un mec bien barré, tu te prépares à toutes éventualités !!!

 

Quel regard portes-tu sur tes 18 ans de terrain ( radio, fanzine/Webzine, management ) dans le milieu musical?

 

Euuuuuh, que ça a bien changé !! Au début de mes activités en 1997, les modes de fonctionnements  étaient beaucoup plus basés sur le « Do it yourself ». On pouvait pousser plus loin nos projets sans avoir à demander de l’aide pour faire évoluer nos ambitions. Maintenant, avec l’outil Internet tu es très vite limité si tu n’as pas les connaissances techniques. Du coup, tu as besoin de faire appel à des gens qui ont des compétences techniques en la matière… et qui te présentent des devis en te disant « c’est bon on valide la commande ?? ». Alors tu fais appel à tes potes qui te font ça pour presque rien mais qui ne sont absolument pas réactifs !!! Le truc qui met une semaine à faire te coutera 5/6 mois d’attente… Les gens, dans ce secteur, se sont tous professionnalisés (techniciens son, lumières, photographes, chroniqueurs, webmasters, vidéastes…) et bien sûr leur principal souci est de se créer des revenus. Mais avec l’arrivée des réseaux sociaux et la visibilité que cela apporte aux groupes, les artistes ont tout intérêt à avoir recours aux services de ces professionnels.

 

Il y a un autre point aussi où il y a eu un grand changement: le militantisme. Bon il y a toujours le moment où dans un concert le chanteur balance un truc sur les Hommes de Pouvoir qui composent le monde et qui fédèrent le public au moins un instant mais parfois j’ai l’impression que groupes comme public n’y croient plus. Ce qu’on veut, c’est de l’entertainment, du spectacle d’amusement et du gros son dancefloor !!

One thought on “Interview d’un défenseur acharné des musiques alternatives

  1. […] pendant plus de 10 ans. Retrouvez mon interview du rédacteur en chef d’APATHIE  ici). Je vou... lebocaldange.com/lebocaldange-complaylist-feel-good

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